It's a wonderful life (Black)
Il y a, à Bordeaux, un très chouette festival du documentaire musical dont la programmation est si riche et intéressante que j’ai du mal à y voir tous les films qui m’intéressent (je ne parlerai pas des sous-titres, visiblement faits à l’arrache la veille de la diffusion, ou post-édité à partir d’un trad forcément merdique de machine).
Ce soir, par exemple, j’y vais voir un documentaire sur Fugazi, le meilleur groupe de live du monde. Lorsqu’on me pose la question “quel était le meilleur concert auquel tu as assisté ?” j’ai toujours l’habitude de répondre : Fugazi. Si j’en ai l’occasion, j’ajoute que le deuxième meilleur était aussi Fugazi. Je ne pensais pas qu’ils pourraient me sidérer autant la seconde fois, et pourtant… Pour compléter le trio de tête, il faudrait chercher du côté de Glenn Branca, de PIL ou des messes régulières : Pixies, Cure…
Samedi, le festival proposait un documentaire sur Bernard Lenoir. L’homme qui veut disparaître, qui cherche la discrétion et a refusé de regarder le film ou de venir à cette avant-première. J’avoue m’être posé, pendant le film, des tas de questions sur ce type qui se livrait ainsi avec des images intimes et une voix-off qui en dévoile beaucoup, avant de comprendre, lors du question-réponse d’après la projection que la réalisatrice était la compagne de l’Inrockuptible.
A travers des réponses à un vieux questionnaire du magazine Les Inrocks, Lenoir développe sa vision du monde, de l’existence, de l’art etc. On découvre un type heureux d’être mélancolique, proche de la nature, simple et qui semble profiter de sa vie au grand air.
Un homme que l’ambition n’a pas rendu con (il a refusé de jouer le jeu de la télé au moment où, avec Les Enfants du rock, il aurait pu y percer) et qui a toujours privilégié sa qualité de vie à des questions de statut mal placées.
Pour moi (pour nous ?) qui l’écoutions à des années charnières de nos vie sans en savoir beaucoup sur qui il était, ce portrait intime est agréable, rassurant. Il montre que celui dont la sensibilité musicale a formé nos goûts n’était pas un connard arriviste, mais, au fond, un type bien. Chose assez rare pour s’avérer réjouissante.
Meilleures séquences du film : les moments où Lenoir range sa discothèque et montre quelques pépites.
Après le docu, les intervenants (sa compagne et JB Beauvallet notamment) ont bien confirmé l’idée qui ressort de ce Lenoir en questions. Passion, mélancolie, pas de compromissions. Un chouette type.
Le film n’a pas de diffuseur et risque de rester inédit (les droits des chansons qui l’accompagnent ne doivent pas être bon marché), mais pour ceux qui veulent aller plus loin, je signale cette longue interview de Lenoir et ce site bien touffu avec plein de sommaires d’émissions et même des audios. On doit sans doute ces fichiers au célèbre Guy Pichon qui enregistrait les émissions et notait tout ce que Lenoir diffusait, et qui était aussi dans la salle samedi. Le site m’a permis d’apprendre que j’ai écouté pour la première fois l’émission de Lenoir le 5 décembre 1991.
Ce qui, avouons-le, ne nous rajeunit pas.
“Caresses et bise à l’oeil”, comme disait l’autre.



J’ai des souvenirs très forts de certains moments où j’écoutais Lenoir sur France Inter. Beauvallet a sorti un livre très touchant aussi, il y a deux ou trois ans, qui revient sur ces années pour moi si formatrices.