Exempté d'emmerdes
Voici la machine à écrire d’Harlan Ellison.
Traduisons: Je suis un artiste et devrais être exempté d’emmerdes.
Je peux comprendre.
Hier soir, apéro au bar portugais avec mon vieux pote Loïc. Nous constatons que la chaîne info lusitanienne diffusée sur le grand écran ressemble étrangement à BFM TV : même codes couleurs, mêmes têtes de glands qui disent des choses (nous imaginons) sans intérêt.
Loïc me raconte une anecdote. Un jour, dans l’appart où il habitait il y a plus de vingt ans, le tuyau de sortie de sa machine à laver n’est pas bien enfoncé dans l’évacuation et au moment de la vidange, sa machine inonde le sol… et le plafond de l’appart du dessous. Loïc s’en rend compte et, catastrophé, remet le tuyau là où il doit être. Puis il se précipite chez le voisin (méga fan des Girondins de Bordeaux, je vois bien le genre) qui, lui, prend tout ça à la coule. Ok, c’est inondé, mais c’est pas grave. Le plafond est niqué, et après ?
A défaut d’être exempté d’emmerdes, j’aimerais parfois réussir à prendre les choses comme ce voisin d’en dessous.
Je crois en avoir déjà parlé ici, mais j’ai lu l’intégralité de ce qui est disponible de The Last War in Albion, un essai où Elizabeth Sandifer, prend comme prétexte la rivalité Alan Moore/Grant Morrison pour écrire une histoire de l’invasion anglaise de la bd américaine dans les années 80/90. C’est passionnant, riche et m’a fait replonger dans quelques titres et notamment, ce Hitman que je n’avais encore jamais lu. Derrière les stratégies publicitaires et les crises d’égo de ses contemporains (plus que rivaux), une certitude se dégage : Garth Ennis est un des scénaristes essentiels des trente-cinq dernières années (son nouvel album La Guerre le prouve une fois de plus).
Ecrit il y a déjà un bail, mon essai sur l’album Crooked rain, crooked rain de Pavement sort en 2026. Je relis les épreuves. Ca commence comme ça:
L’histoire est connue, elle est aussi vieille que les Beatles, voire antérieure. Ce n’est plus une anecdote, mais un récit mythologique, une origin story intégrée à la matière de la culture adolescente : deux garçons se rencontrent et montent un groupe de rock. Lennon croise la route de McCartney, Steven Morrissey celle de Johnny Marr, Bob Mould tombe sur Grant Hart, le coturne de Charles Thompson à la fac s’appelle Joey Santiago… Les lieux de cette étincelle initiale (parler de Big Bang ne conviendrait qu’aux groupes de stade) peuvent être un concert, souvent un magasin de disques ou les bancs du lycée. Il existe aussi des variantes avec des filles ou bien des instances où le noyau dur s’équilibre sur un trio ou un quatuor, mais l’impetus reste le même. Des passionnés de musique ancrés, par l’âge ou les circonstances, dans le Zeitgeist décident de passer à l’action et d’empoigner des guitares pour apporter leur pierre à un édifice culturel mondial divisé en d’innombrables appellations (de la twee pop au death metal) et rassemblé sous l’appellation originelle, et consubstantielle à la présence d’une guitare, de rock.
On en reparlera forcément.
Un dernier mot pour remercier les abonnés payants à cette newsletter. A défaut d’être exempté d’emmerdes, ça me touche beaucoup.
Adichats.





