Content d'être là...
Je cite souvent des phrases de potes, dans ces courriers, des remarques lancées sans y penser qu’ils ont eux-mêmes parfois oubliées et qu’ils retrouvent en ces lignes. J’y pense après coup, je réinterprête les intentions et j’en parle ici. Jusqu’ici, personne ne s’est plaint. Certains se sont juste étonnés d’avoir dit ce que j’ai répété. Ils ne s’en souvenaient pas.
L’autre soir, à l’heure de l’apéro à Malartic, je discutais avec un camarade dessinateur de BD et un autre ami, bibliothécaire (oui, la majorité de mes potes bossent dans le livre, l’informatique ou les pompes funèbres). Nous évoquions nos “carrières” d’artistes avec C., le dessinateur, les hauts, les bas, les envies, les projets, quand notre ami le bibliothécaire nous a avoué qu’il avait lui aussi essayé d’écrire autrefois, qu’il avait été un peu publié, et qu’il le faisait encore de temps en temps. Mais qu’il appréciait tout autant, voire plus, de lire et que, au final, comme il n’était jamais content du résultat, il était très heureux de sa place dans l’écosystème du livre : lecteur, passeur, modérateur etc. Pour finir, il a ajouté “moi, je suis simplement content d’être là”. Je ne sais pas s’il voulait dire assis avec deux artistes qui se posent des questions existentielles, mais j’ai aussi rétorqué que, moi aussi, j’étais content d’être là.
Je ne sais pas si on parlait de la même chose.
L’écriture a repris à un bon rythme et j’espère finir bientôt un texte dont je ne dirai rien ici. Pour l’instant.
Des projets BD me titillent, mais l’envie est parfois atténuée par la vision de ces dossiers achevés dans mon ordinateur qui n’ont jamais trouvé preneur. L’un d’entre eux est devenu une novella très appréciée, Big Sur, et je devrais peut-être en transformer d’autres en prose, mais j’ai l’impression que le moment est passé pour la majorité d’entre eux. Contrairement à des scénaristes d’autres médias (ciné, télé, radio etc), nous ne sommes pas payés pour développer nos projets. Un autre impensé du travail de scénariste BD (en tout cas à mon niveau), impensé pour ceux qui en ignorent tout, est la recherche d’un partenaire dessinateur qui conviendrait au projet. Ce qui peut se faire naturellement, parfois, mais qui n’est pas une “fonction” que j’estime dans mes attributions. C’est un boulot que les éditeurs font de temps en temps (ça m’est arrivé plusieurs fois), mais sans doute pas assez à mon goût.
Et puis l’idée de “vendre” un projet est toujours compliquée pour moi. Je n’ai pas fait une école de commerce, je ne suis pas publicitaire. Je pourrais montrer, à la limite, un produit fini et dire “voilà, c’est ça, vous en voulez ou non ?”, mais tenter de montrer le potentiel d’une idée, d’une oeuvre qui n’existe pas encore, n’est pas, mais alors pas du tout mon truc. D’où ces projets orphelins (avec parfois de superbes dessins) dans le dossier BD de mon ordinateur.
Et d’où mes questionnements actuels. Ajouter encore des BD fantômes à une liste que j’estime déjà trop longue ?
On verra.
En attendant, j’espère que vous aussi, vous êtes contents d’être là (en tout cas au moins que mon chien Miles qui vient de se taper une magnifique sieste pendant que j’écoutais, assez fort (et les miens pourraient vous confirmer que fort, chez moi, c’est vraiment fort) l’excellent premier album de Rival Schools (2001).
Soyez forts. On tient le coup.



Yep, content d'être là, moi aussi. Surtout quand on reçoit de tes nouvelles de Zanzibar 😉